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mardi 20 janvier 2015

Anatomie fonctionnelle



Anatomie fonctionnelle

Le périnée a deux rôles fondamentaux et opposés :
 un rôle de soutien qui nécessite une grande force et donc la tonicité des
muscles périnéaux
 un rôle de passage, a fortiori au cours de l’accouchement, qui requiert une
grande souplesse du périnée liée à la capacité musculaire de relâchement

Rôle de soutien

Les muscles du diaphragme pelvien assurent ce rôle de soutien grâce à leur
tonicité et l'orientation en entonnoir de leurs fibres. Ils forment un hamac qui permet le
soutien des organes pelviens et qui répond aux différentes pressions s'appliquant sur
le périnée. En effet, en station debout, le poids des viscères repose entièrement sur le
plancher périnéal. Il existe également des pressions supplémentaires qui s'exercent
sur le périnée, notamment des pressions abdominales et une pression intra-pelvienne
augmentée au cours de la grossesse.
Le noyau fibreux central du périnée joue également un rôle important dans le
soutien, car il se situe au centre et est constitué par la réunion de plusieurs fibres
musculaires. Il s'agit donc d'un point très résistant indispensable à la cohérence de
l'ensemble musculaire.
La tonicité des muscles périnéaux est également mise à profit dans le rôle de
continence urinaire et fécale.
Cependant, les deux zones de passage, hiatus uro-génital et anal, qui se
trouvent au niveau du diaphragme pelvien, laissent deux espaces de faiblesse pour le
soutien viscéral.
De plus, il existe des situations de fragilité pour le périnée, telles que la
grossesse et le post-partum, en particulier si le périnée est cicatriciel.

Rôle de passage

Un passage au travers du plancher périnéal est indispensable, surtout pour
l'accouchement. Le hiatus uro-génital constitue cette zone de passage au niveau du
périnée antérieur, le hiatus anal celle du périnée postérieur. Lors de l'accouchement, les muscles du plancher périnéal doivent laisser passer la présentation. Pour ce rôle,
les propriétés élastiques et de relâchement des muscles du périnée sont mises en jeu.
Ils nécessitent donc une grande souplesse.

Périnée antérieur ou uro-génital



Périnée antérieur ou uro-génital




Il est traversé par l’urètre et le vagin et comprend deux couches musculaires.
Au niveau du plan superficiel, on trouve :

les muscles constricteurs de la vulve
les muscles annexés aux organes érectiles : le muscle ischio-caverneux et le muscle bulbo-spongieux
les muscles transverses superficiels
 

Le plan profond est constitué par :
le sphincter externe de l’urètre
les muscles transverses profonds (ou muscle périnéal moyen)
Vue inférieure des muscles du plan profond du périnée
 
Périnée postérieur ou anal

Il laisse le passage pour le canal anal.
Il est formé par :
le sphincter externe de l’anus
le muscle ano-coccygien

Vue inférieure des muscles du plan superficiel du périnée

Sur la ligne bi-ischiatique se trouve le noyau fibreux central ou centre tendineux
du périnée. Il s’agit d’une structure fibro-musculaire au centre du périnée où s’insèrent
les muscles élévateurs de l’anus, transverses et bulbo-spongieux, ainsi que quelques
fibres du sphincter externe de l'anus.
Les muscles transverses profonds et superficiels, par leur insertion sur le noyau
fibreux central du périnée, permettent la stabilité de ce centre et favorisent l’action des
autres muscles périnéaux qui s’y insèrent.

Vue inférieure des muscles du plancher périnéal

lundi 19 janvier 2015

LE MASSAGE PERINEAL PRENATAL


LE MASSAGE PERINEAL PRENATAL



Anatomie générale


Définition

Le plancher périnéal correspond à l’ensemble des parties molles fermant
l’excavation pelvienne. Il est séparé en deux parties : le diaphragme pelvien et le
périnée.

Le diaphragme pelvien

Le diaphragme pelvien correspond au plancher qui sépare la cavité pelvienne

du périnée. Il s’agit d’une cloison musculaire laissant deux zones de passage :
le hiatus uro-génital, en avant, est traversé par l’urètre et le vagin
le hiatus anal, en arrière, contient la jonction ano-rectale
Le muscle principal est le muscle releveur de l’anus. Il est composé de deux
parties : le muscle ilio-coccygien et le muscle pubo-coccygien.
Il existe également un muscle accessoire : le muscle coccygien



Vue inférieure du diaphragme pelvien [6]


Le périnée

Le périnée est l’ensemble des parties molles situées au-dessous du
diaphragme pelvien.
Il est limité en avant par la symphyse pubienne et en arrière par le coccyx.
Latéralement, ses limites osseuses sont constituées par les branches ischio-pubiennes
et les tubérosités ischiatiques.
Cette zone a la forme d’un losange divisé en deux parties par la ligne bi-ischiatique. On
distingue donc le périnée uro-génital antérieur et le périnée anal postérieur.



Vue inférieure du périnée [7]

















Sémiologie médicale


Sémiologie médicale

La sémiologie médicale est la partie de la médecine qui étudie les signes (qui traduisent la lésion ou le trouble d'une fonction) que peut relever le médecin à l'examen clinique (signes physiques, signes fonctionnels et généraux) ou avec des examens complémentaires (imagerie, biologie). Elle étudie également la manière de les relever (interrogatoire, examen physique, examens complémentaires) et de les présenter (écriture d'une observation, regroupement en syndrome) afin de poser un diagnostic.
Recueil des signes

Le recueil des signes se fait par deux biais :
l'examen clinique qui se déroule en deux temps, successivement :
l'interrogatoire du patient ou de celui qui l'accompagne,
l'examen physique ;
les examens paracliniques (ou complémentaires) (radiographie, scanner, prise de sang, etc.).
Classification

Les signes cliniques sont les signes obtenus à l'examen clinique et on peut distinguer deux dichotomies pour les classer :
1re dichotomie :
signes généraux : température, fatigue, etc.
signes focaux : délimités à une zone ;
2e dichotomie :
signes fonctionnels : signes récupérés par l'interrogatoire, non vérifiables par un autre signe clinique, on peut citer la douleur, ou la dysphagie,
signes physiques : ceux qui sont obtenus à l'examen physique tel qu'une rougeur, un bruit anormal au stéthoscope, etc. recueillis sans instrument lourd sauf le stéthoscope, l'otoscope, l'ophtalmoscope, le thermomètre, le tensiomètre, le saturomètre, etc.

Les signes paracliniques sont issus des examens complémentaires : radiographie, scanner, prise de sang, etc.
Sémiologie quantitative

La sémiologie quantitative est une branche de la sémiologie médicale, qui a pour rôle quantifier la pertinence d'un signe clinique (sensibilité, spécificité, valeur prédictive positive, valeur prédictive négative et l'intégration de la valeur de plusieurs signes théorème de Bayes). Elle étudie la présence de la maladie / absence de la maladie, la présence d'un signe / absence d'un signe, dans le but d'établir un diagnostic le plus fiable possible.
Enseignement en FranceEn France, la sémiologie est enseignée en deuxième année de médecine et en troisième année. Son apprentissage est accompagné de stages hospitaliers de sémiologie au cours desquels l'étudiant en médecine apprend l'interrogatoire clinique et l'élaboration d'un diagnostic. Elle est également enseignée en pharmacie, le plus souvent au cours de la 3e année et de la 4e année.

vendredi 16 janvier 2015

Maladies endémiques génératrices d'épidémies


Maladies endémiques génératrices d'épidémies


Il ne s'agit pas ici d'une redite. Nous savons déjà qu'une maladie peut se tra-duire par des cas isolés, endémiques, desquels, les circonstances aidant, peut sortir une épidémie. Dans les cas que nous avons envisagés, le mode de contagion, son agent, sont les mêmes dans les deux formes d'expansion de la maladie. Ce sont les circonstances variables qui font du contage le point de départ ou non d'une épi-démie.
Il est des maladies infectieuses dont l'agent de diffusion épidémique n'est pas le même que celui qui conserve le virus et détermine les cas isolés. Nous pouvons en citer quelques exemples.
Le plus éloquent, de connaissance récente, est celui du typhus endémique ou bénin, mieux désigné sous le nom de typhus murin, puisqu'il vient à l'homme par le rat et ses parasites. L'existence de ce typhus a d'abord été démontrée dans le Nouveau Monde ; on sait aujourd'hui qu'il existe au moins dans quelques ports de l'Ancien. Au point de vue clinique, le typhus murin se distingue du typhus histori-que par un certain nombre de symptômes ou plutôt par la manière dissemblable dont les mêmes symptômes se présentent. La plus grande différence est, en som-me, la bénignité. Dans bien des cas, il faut avouer que le diagnostic clinique est difficile. Ce qui sépare les deux typhus l'un de l'autre, ce sont des propriétés diffé-rentes des virus et surtout leurs modes naturels de transmission.
Alors que le virus du typhus historique ne communique au rat (expérimenta-lement) qu'une infection inapparente et qui reste telle ou, plutôt disparaît par les passages dans l'espèce, le virus du typhus bénin lui donne une infection fébrile souvent sévère et, expérimentalement au moins, parfois mortelle. En conséquence de cette activité pathogène différente, le rat est trouvé porteur de virus dans les foyers du typhus bénin, alors que, jusqu'à présent, quoique le fait ne soit pas inadmissible, il n'a jamais été trouvé infecté dans les foyers épidémiques de l'An-cien Monde. Le rat ou plutôt les muridés jouent donc le rôle capital, sans doute unique, dans la conservation du typhus bénin, alors que lui et les autres rongeurs voisins ne peuvent jouer qu'un rôle accidentel, exceptionnel et d'ailleurs non prouvé, clans la conservation du typhus historique. La démonstration de l’indépendance de ce typhus et des muridés nous est confirmée indirectement, mais clairement, par les résultats de l'épouillage dans la lutte contre le typhus de l'Ancien Monde. Ses épidémies, secondaires aux calamités de la grande guerre, ont reculé, puis cessé du seul fait de l'application des mesures systématiques contre les poux. On ne voit plus subsister que de petits foyers endémiques des-quels partent des épidémies, limitées aux régions misérables où ne règne point la propreté.
On peut donc considérer, ainsi que nous l'avons fait jusqu'ici, le typhus histo-rique comme n'ayant pratiquement qu'un réservoir de virus, l'homme, et un agent de transmission, le pou. Au contraire, le typhus bénin est une maladie qui frappe rat et homme et qui reconnaît pour agents de transmission deux parasites, puce et pou. C'est, dans sa forme commune, endémique, une maladie du rat qui passe de rat à rat, à la fois par les puces (par beaucoup d'espèces de ces puces) et aussi, par le pou du rat (Po1ypIax spinulosum), et une maladie de l'homme qui est transmise du rat à l'homme par les puces du rat (non par le Polyplax qui ne pique pas l'homme), et d'homme à homme, à la fois, par les puces de l'homme et par son pou.
Ainsi, dans le typhus murin, la maladie épidémique se greffe, chez l'homme, sur l'endémique. Tant qu'il n'entre en jeu que les puces, il peut y avoir épizootie chez les rats (ainsi qu'on l'a constaté sur certains de nos navires de guerre où pres-que tous les rats du bord peuvent être pris) ; l'homme n'est atteint par les puces du rat qu'occasionnellement et ce n'est que très exceptionnellement que la maladie peut passer par le même insecte d'homme à homme ; tandis que, lorsque le pou entre en jeu, le typhus se déchaîne sous forme d'épidémies, à la manière du typhus historique qui, lui, n'est qu'épidémique.
L'épidémie humaine se termine plus vite dans le cas du typhus bénin, car le pou meurt très tôt de son infection, ce qui rend plus difficiles les passages à l'homme. Lorsque la chaîne se trouve rompue, le typhus murin redevient maladie exclusive du rat. Ainsi, par suite d'un double mécanisme et de deux agents vecteurs, une mala-die épidémique peut sortir d'une maladie, ordinairement endémique dans notre espèce.
La peste que ne transmet pas le pou nous offre un exemple un peu moins net de la même succession, mais analogue. Dans les conditions ordinaires, c'est, comme le typhus murin, une maladie des muridés. Les puces la transmettent de rat à rat. Accidentellement, elle peut passer d'homme à homme lorsque l'homme se trouve au voisinage d'un rat pesteux moribond, au moment même où les puces abandonnent le corps refroidi pour chercher leur nourriture sur n'importe quel être. Dans ce cas, la peste de l'homme se traduit par des symptômes en rapport avec le mode de contamination. Du siège de la piqûre occasionnée par la puce (et qui le plus souvent se trouve être aux membres inférieurs), le bacille pesteux in-troduit gagne le ganglion lymphatique correspondant. Quel que soit l'avenir de la maladie, même au cas où elle se généralisera, il y a toujours une période où elle est locale, ganglionnaire. Cette forme de la peste, la plus commune dans notre espèce, est dite bubonique. Dans de tels cas, même lorsque les puces du même rat ou du même nid de rats frappent plusieurs hommes à la fois, créant ainsi un petit foyer, la peste reste endémique et l'homme se comporte vis-à-vis du virus comme un cul-de-sac.
Toute autre apparaît la fortune du bacille pesteux dans le cas de peste pulmo-naire ou pneumonique. Cette forme qui se rencontre parfois isolée, limitée à un individu dans un foyer de peste bubonique, peut prendre une extension soudaine et une allure épidémique. On a vu, surtout dans les pays froids ou par des temps froids sous d'autres climats, des épidémies de cette forme de peste frapper une région étendue et des milliers d'hommes.
Nous ne sommes pas encore informés de façon certaine du mécanisme qui transforme la peste bubonique en peste pulmonaire. Il n'est pas douteux qu'elle en provienne. Les cas de début sont buboniques et il y a, durant toute l'épidémie, des cas ganglionnaires à côté des cas pulmonaires infiniment plus nombreux. Il est probable que certaines conditions rendent le bacille pesteux particulièrement viru-lent et qu'ayant frappé le poumon d'un homme il puisse ainsi, par l'expectoration, passer d'un sujet à un autre, puis à de nombreux sujets, tout comme le font les virus de la grippe ou de la rougeole. Il y a lieu de penser que la contamination se fait par les téguments et les muqueuses de la face. L'association avec un autre virus n'est pas à rejeter dans certains cas. Il est bien peu probable qu'une pullula-tion extrême des puces intervienne ; il y aurait infection suraiguë par toutes les voies et non localisation pulmonaire d'emblée. Quel que soit le mécanisme incon-nu qui fasse de la peste bubonique la peste pulmonaire, nous voyons dans leur succession un exemple nouveau d'une maladie épidémique qui se greffe, dans notre espèce, sur une maladie endémique.
Ces deux exemples parlent assez clairement pour qu'il nous paraisse superflu d'en chercher d'autres. Nous verrons qu'un même mécanisme, c'est-à-dire la suc-cession de facteurs étiologiques différents, permet d'expliquer que certaines de nos maladies, transmises aujourd'hui par contact direct, interhumain, ou bien par un invertébré particulier, nous sont venues primitivement d'un mammifère d'espè-ce différente ou par un autre parasite. Tel est le cas des fièvres récurrentes et pro-bablement celui de la syphilis.
Redisons encore une fois que, dans les oeuvres de la nature, tout est effet de circonstances, que les circonstances sont en nombre indéfini, perpétuellement changeantes, journalières, et que la création d'une épidémie et sa destinée consti-tuent, en raison de l'absence d'un plan conçu et de discipline, des événements à la fois terribles, exceptionnels et sans avenir.

Naissance, vie et mort de la maladie épidémique



Naissance, vie et mort de la maladie épidémique



Lorsque les propriétés virulentes de certains microbes pathogènes sont portées à un point extrême ou que la contamination se trouve favorisée par de grandes facilités de contact, mieux encore si ces deux conditions se rencontrent à la fois, les maladies peuvent frapper, dans un temps court, un grand nombre d'individus appartenant à la même espèce. Il y a alors épidémie.
Il est exceptionnel qu'une maladie épidémique frappe plus d'une espèce. La constance de tous les facteurs favorables est, en effet, nécessaire pour créer l'en-chaînement fragile de circonstances sans lequel la nature rate son oeuvre. Variole, rougeole, scarlatine, fièvres récurrentes, fièvre typhoïde, fièvre jaune, choléra, méningite cérébrospinale, poliomyélite, grippe, paludisme sont des maladies pro-pres à l'homme, comme la fièvre aphteuse l'est aux bovidés, la clavelée au mou-ton, les pestes porcines au porc, les pestes aviaires aux oiseaux. Par exception, les épidémies de peste bubonique sont communes à l'homme et à certains rongeurs, en particulier les rats.
Toutefois, de cette constatation, il ne s'ensuit pas fatalement qu'une espèce animale ne joue ou ne puisse jouer un rôle dans la conservation et la propagation d'une maladie épidémique chez une autre espèce. Il suffirait, pour cela, que voisi-ne, par les conditions de son existence, de l'espèce que l'épidémie frappe, elle fût sensible à cette maladie sous forme inapparente.
Dans les conditions d'observation actuelle des épidémies, l'espèce sensible paraît être aussi celle qui conserve le virus. C'est donc par passages incessants d'un sujet atteint à un sujet neuf que la maladie s'entretient. Lorsque les contacts se multiplient, lorsque des souffrances collectives (guerres, disettes, misère) font disparaître les résistances naturelles ou acquises, lorsqu'un certain nombre d'an-nées, écoulées depuis la dernière épidémie, ont amené la perte de l'immunité consécutive à la première atteinte, la contagion, au lieu de ne trouver devant elle que de rares individus sensibles, en rencontre subitement un grand nombre. Elle peut alors frapper la plupart des membres d'une agglomération humaine ou anima-le, dévaster une région.
Toutes les maladies ne peuvent pas profiter de ces facilités. Les plus conta-gieuses trouvent une barrière dans les conditions mêmes qui sont nécessaires à leur propagation. Point d'épidémies possibles de typhus ou de récurrente là où manque le pou ; pas de paludisme, de fièvre jaune, de dengue sans la présence des espèces particulières de moustiques qui en assurent la transmission ; pas d'épidé-mies de typhoïde, de dysenterie, de choléra sur les populations qui bénéficient d'une bonne hygiène alimentaire, d'eaux pures.
La plupart des maladies épidémiques rencontrent, d'autre part, le principal obstacle à leur expansion dans la résistance conférée aux animaux sensibles par une première atteinte. Cette résistance peut être forte comme dans le cas de la rougeole, de la variole, des typhus, de la fièvre typhoïde ; elle peut ne pas dépas-ser quelques années, même quelques mois comme dans la grippe, la fièvre aph-teuse dont les épidémies reparaissent aux lieux déjà frappés quand les circonstan-ces s'y prêtent et que les immunités sont perdues.
Nos méthodes de vaccination préventive s'opposent de plus en plus active-ment à la formation des épidémies. Il ne faut pas oublier que la nature n'agit pas d'après un programme préconçu et que ses plus belles réussites (les grandes épi-démies pourraient passer pour son chef-d'oeuvre) ne sont qu'effet de hasards qui se reproduisent.
De même, une fois déclarée, l'épidémie évolue suivant les facilités qu'elle doit à l'occasion. Plus ces facilités sont grandes, plus violente est l'épidémie et, pour une agglomération donnée, plus courte. Quand la contagion ne rencontre plus devant elle que des sujets, rendus résistants par l'atteinte récente du mal ou par une atteinte ancienne, et seulement de rares individus sensibles, elle ne trouve pas aisément l'occasion de frapper ces rescapés dispersés ; elle les épargne faute de logique, disparaît sur place ou bien envahit les agglomérations voisines. Et, pen-dant un certain temps, la population touchée se trouve à l'abri d'une nouvelle at-teinte.
Les mêmes causes qui ont fait le début de l'épidémie créent les conditions fa-vorables à son retour. Souvent aussi, dans les intervalles des poussées épidémi-ques, la maladie se conserve dans le foyer même, pour peu qu'il ait quelque éten-due, sur les sujets épargnés et grâce aux importations de sujets neufs et aux nais-sances qui augmentent le nombre des êtres sensibles.
Certaines maladies épidémiques frappent plus gravement les enfants ; certai-nes paraissent être spéciales à l'enfance. La raison en est, d'ordinaire, que l'enfant, n'ayant pas été atteint encore par elle, leur est sensible, plus sensible, tandis que l'adulte qui les a subies dans le jeune âge y est devenu, de ce fait, ou plus résistant ou réfractaire.
Vis-à-vis d'un nombre tout aussi grand de maladies, graves chez les adultes, l'enfant offre, au contraire, une grande résistance. Celle-ci peut s'expliquer, dans certains cas, par une vaccination due à une atteinte antérieure de la mère. Cette immunité héréditaire n'a, sans doute, qu'une très faible durée. On conçoit que les organes neufs de l'enfant le protègent mieux des agents pathogènes et de leurs poisons que les organes fatigués de l'adulte, usés du vieillard.
Quoi qu'il en soit, par sa qualité de sujet neuf, alliée à sa meilleure résistance qui peut faire passer inaperçue une atteinte bénigne, l'enfant joue un rôle, d'autant plus important qu'il est souvent insoupçonné, dans la conservation des virus et dans le développement des épidémies.
Ce rôle, celui que jouent les sujets adultes sensibles, si valables qu'ils soient tous deux, ne sauraient expliquer à eux seuls la conservation des maladies infec-tieuses et la genèse de leurs poussées épidémiques. La part des infections inappa-rentes nous parait plus grande et, souvent, prééminente.
Laissons de côté le cas où un animal d'espèce éloignée se trouve être sensible sous forme inapparente à la maladie qui sévit sous forme évidente et épidémique dans une autre espèce. Le cas existe, nous le savons aujourd'hui. C'est celui de l'homme vis-à-vis du virus de la maladie du jeune âge des chiens et de celui de la peste porcine, maladies graves, épidémiques pour les espèces chez lesquelles elles sont familières au vétérinaire et qui ne déterminent, sur la nôtre, qu'une infection inapparente, inconnue jusqu'à nous. L'exemple est plein d'enseignement ; mais, comme cet enseignement va plus loin que l'intérêt du chapitre actuel, nous ne nous y attarderons que plus tard.
Ne nous occupons que des cas, aujourd'hui bien clairs, où, dans une même et seule espèce, naturellement frappée, il se rencontre des formes inapparentes à côté des formes à symptômes. Comment peut-on concevoir, dans ces cas, le rôle des infections inapparentes ?
Une première atteinte de la maladie épidémique laisse au sujet qui en a souf-fert un certain degré de résistance. Dans le cas des typhus, dans ceux de la fièvre typhoïde, de la variole, de la rougeole, etc., cette vaccination, consécutive à la première atteinte, est, suivant l'opinion commune, très solide, presque toujours définitive. Et, de fait, ce n'est que par exception qu'on observe des récidives chez les sujets guéris.
Si ces faits sont indiscutables, il est bien difficile d'admettre cependant que, dans leurs formes bénignes, ces maladies puissent conférer une immunité si dura-ble.
Nous avons constaté, dans les expériences dont le détail est resté encore iné-dit, que, si l'on inocule le virus de la rougeole à un sujet qui a présenté antérieu-rement une atteinte de cette infection, il montre parfois, au bout du délai d'incuba-tion normal (14 jours), une fièvre sans catarrhe oculonasal net et sans éruption. Une manifestation si réduite ne serait pas reconnue comme rougeole si elle se présentait au médecin non prévenu. Elle offrirait pourtant, elle offre le même dan-ger pour la contagion que la rougeole la mieux caractérisée du point de vue clini-que. Or, ce que nous avons réalisé expérimentalement, se passe, sans nul doute, dans la nature.

Nous n'avons pu, jusqu'à présent, provoquer la rougeole sous forme purement inapparente. Au contraire, nous l'avons dit, on connaît aujourd'hui les formes inapparentes des typhus, de la dengue, de la poliomyélite, pour nous en tenir à quelques unes des maladies humaines les mieux étudiées à ce point de vue et des plus contagieuses. Examinons-les tour à tour :
D'abord, le typhus. Observant un petit foyer de la maladie en Serbie, S. Ram-sine eut l'idée de chercher la réaction de Weil-Félix dans le sang de sujets qui n'étaient pas malades. Cette réaction, sans être formellement spécifique, donne de telles probabilités que c'est à elle qu'on demande journellement la confirmation du diagnostic. Elle est, à cette maladie, ce que la réaction de Wassermann, aujour-d'hui universellement employée, est à la syphilis. Ramsine trouva, parmi les sujets sains, un certain nombre d'individus qui présentaient une réaction positive. Le sang de l'un d'eux, inoculé au cobaye, donna à celui-ci un typhus expérimental net. De mêmes faits ont été reconnus depuis dans des conditions analogues par Barykine, Minervine et Kompanez en Russie. Ces auteurs ont observé chez l'homme, à la fois, des cas de typhus inapparent de récidive et de première inva-sion. L'existence que nous avions annoncée des deux formes inapparentes du ty-phus humain est donc aujourd'hui prouvée.
Les observations de G. Blanc et de Caminopetros sur l'existence de la dengue naturelle de l'homme sont aussi claires. Ces auteurs ont infecté des moustiques sur des malades, atteints de cette forme sans symptômes et ils ont ainsi transmis, par leur intermédiaire, à un sujet neuf une dengue cliniquement typique.
Notre Maître A. Netter, étudiant les foyers de poliomyélite d'une récente épi-démie de l'est de la France a constaté que les personnes saines de l'entourage des petits malades présentaient un sérum sanguin, doué de propriétés préventives net-tes vis-à-vis de l'inoculation du virus à des animaux sensibles. Un tel fait ne peut s'expliquer que par la contamination de ces sujets sous forme de maladie inappa-rente.
Ces quelques exemples, dans un chapitre de pathologie à peine ébauché, per-mettent de se rendre compte du rôle que jouent les infections inapparentes pour la conservation dans la nature des virus des maladies infectieuses ; ils montrent l'im-portance de ce rôle dans la genèse des épidémies.
Suivant sa nature et suivant la gravité qu'elle présente à sa première atteinte, la maladie infectieuse confère au sujet qu'elle a frappé une immunité plus ou moins solide, plus ou moins durable. Avec le temps, cette résistance, si solide qu'elle soit, tend à s'affaiblir. Pour les maladies, contractées une première fois dans l'en-fance, l'immunité qu'on observe chez l'adulte est, dans bien des cas, diminuée. Une épidémie, survenant dans une agglomération humaine, rencontre donc devant elle des individus extrêmement différents au point de vue de leur sensibilité : des sujets neufs et des sujets anciennement atteints dont l'immunité se trouve perdue ; des sujets qui ont conservé intacte la résistance conférée par la première atteinte ; et, entre ces deux classes d'individus, l'une sensible, l'autre réfractaire, toute l'échelle des résistances fortes, moyennes, faibles, qu'ont laissées à leur suite les premières atteintes. La maladie infectieuse de récidive revêtira donc des formes cliniques différentes suivant le degré de résistance des sujets qu'elle assaillira : grave ou moyenne avec symptômes évidents ; bénigne avec symptômes légers ; fruste à symptômes douteux, donc difficile à reconnaître ; enfin indiagnostiquable pour le médecin, inapparente. Au point de vue de la contagion, toutes ces formes se valent. L'inapparente est la plus dangereuse, parce qu'on ne s'en méfie pas, qu'on ne prend pas, vis-à-vis d'elle, les précautions de défense que les formes à symptômes imposent.
En dehors des poussées épidémiques, c'est surtout par des cas inapparents que la maladie se conserve. On ne concevrait pas la réapparition saisonnière des ma-ladies épidémiques dans les mêmes foyers s'il fallait que, pour se perpétuer, leurs agents pathogènes trouvassent toujours devant eux des sujets épargnés au cours de l'épidémie précédente, des enfants nés depuis sa disparition ou des immigres sen-sibles. Ce sont surtout les cas inapparents qui font la chaîne d'une saison à l'autre et permettent la conservation du virus et la reprise des épidémies.
L'hygiéniste doit leur accorder le rôle capital qu'ils jouent, avoir toujours dans l'esprit leur existence et prendre, lorsque cela est possible, les mesures prophylac-tiques qui permettent de s'en défendre. Dans le cas particulier du typhus, il doit, suivant l'heureuse expression de Ramsine, soumettre ces dissimulateurs incons-cients aux mêmes mesures que les malades reconnus et, comme il est impossible de les dépister, sauf par des méthodes de laboratoire trop longues, pratiquer l'épouillage sur toutes les personnes de l'entourage des malades, sur tous les indi-gènes du douar ou du village.
Qu'on ne croie pas qu'une maladie, non décelable par nos moyens cliniques, échappe fatalement à notre investigation. Nous savons reconnaître le typhus et quelques autres maladies inapparentes. De nouveaux progrès de nos méthodes de laboratoire nous permettront de les déceler toutes, un jour.

LA MALADIE ÉPIDÉMIQUE



LA MALADIE ÉPIDÉMIQUE

Endémicité et épidémicité

On peut dire que toutes les maladies infectieuses offrent, au moins, un certain degré de contagiosité, puisque toutes peuvent se transmettre expérimentalement ou par suite d'une contamination accidentelle. Cependant, il est nombre d'infec-tions, même communes, qui ne se présentent à l'observation que sous forme de cas isolés, sans enchaînement à d'autres cas. La transmission par contagion ne saurait, dans ces maladies, être réalisée d'un individu sain à un individu malade. Les conditions que cette transmission exige ne le permettent pas. II faut que cha-que malade prenne son infection à la source commune.
Certaines de ces maladies sont liées à un facteur local, au sol par exemple, et n'ont, de ce fait, aucune tendance au déplacement. Il est des aires géographiques pour ces maladies. La famille des fièvres récurrentes nous fournit, à ce sujet, d'exemples nombreux. Toutefois, le déplacement du facteur, en apparence le moins mobilisable, n'est jamais impossible. Une espèce d'ornithodores qui parasi-te les rongeurs d'une région et paraît localisée aux terriers de cette région peut étendre son aire géographique. La même tique peut être transportée brusquement par un animal vagabond de son habitat ordinaire à un habitat éloigné et transporter avec elle le virus pathogène qu'elle héberge. En ce qui concerne les fièvres récur-rentes, tous les ornithodores qui parasitent des mammifères peuvent transmettre indifféremment n'importe lequel des agents de ces fièvres. Le déplacement d'un malade suffit donc à déplacer la maladie, sans que l'ornithodore ordinaire qui le transmet se déplace. Cependant, de telles maladies offrent un caractère de stabilité très grand. C'est pourquoi l'on peut en faire le type des maladies endémiques.
Il est, pour les maladies épidémiques, des cas isolés auxquels convient égale-ment le terme endémique, lorsque, les conditions ordinaires de diffusion venant à manquer, il ne se produit pas de passages du malade à l'homme sain. Une maladie, aussi diffusible que la fièvre jaune, trouve ainsi une barrière à son extension dans l'impossibilité où se rencontre son virus d'évoluer chez le moustique au-dessous d'un certain degré de température. Mais cette barrière géographique actuelle ne pourra-t-elle pas être, plus tard, reculée, même abolie ?
Tout donc, dans la diffusion des maladies, comme dans tout phénomène bio-logique naturel, est affaire de circonstances. Par conséquent, sachons, en conser-vant ces termes commodes : endémicité, épidémicité, qu'il n'existe pas, entre les catégories qu'elles étiquettent, de barrière qu'un agent pathogène ne puisse fran-chir ou derrière laquelle il ne puisse s'enfermer.